À Chaudes-Aigues, même les œufs ont une histoire

J'avais d'abord remarqué la casserole. Ensuite seulement les caméras. À la fin de la journée, je n'étais plus très sûr que l'histoire parlait des œufs. Elle parlait surtout de Chaudes-Aigues, de sa source, de ses habitants et de cette drôle d'habitude qu'ont les villages de raconter bien plus de choses qu'ils ne le laissent croire.
Le Ventru observe l'arrivée de Loïc Ballet et de l'équipe de Télématin dans le quartier du Par à Chaudes-Aigues.

Je traînais du côté du quartier du Par lorsque j'ai vu arriver une drôle d'agitation.

Des caméras.

Des câbles.

Quelques habitants qui regardaient discrètement.

D'autres qui regardaient moins discrètement.

Et un journaliste qui semblait poser beaucoup de questions.

On m'a finalement soufflé son nom.

Loïc Ballet.

Il préparait un reportage pour Télématin consacré à Chaudes-Aigues et à cette drôle de source chaude qui intrigue les visiteurs depuis des générations.

Loïc Ballet découvre les œufs cuits dans l'eau chaude de la Source du Par à Chaudes-Aigues lors d'un tournage pour Télématin.
Devant la Source du Par, Loïc Ballet découvre l'une des traditions les plus connues de Chaudes-Aigues : la cuisson d'œufs grâce à l'eau thermale naturellement chaude qui jaillit au cœur du village.

Je me suis d'abord dit qu'un ministre avait peut-être fini par se perdre dans le Cantal.

Puis j'ai aperçu une casserole.

Alors j'ai compris que ce n'était probablement pas ça.

À Chaudes-Aigues, lorsqu'une casserole apparaît dans la rue, il y a de fortes chances que quelqu'un soit en train d'utiliser la Source du Par.

Ici, même les œufs ont leurs habitudes.

Je pensais que l'équipe était venue pour ça.

Les œufs.

Il faut reconnaître que peu de villages peuvent se vanter de faire cuire leur déjeuner grâce à une source d'eau naturellement chaude.

Les fameux œufs cuits grâce à l'eau chaude de la Source du Par sont d'ailleurs devenus l'une des curiosités les plus commentées du village.

Puis j'ai aperçu un chou.

Un gros chou.

Et plusieurs personnes qui semblaient discuter très sérieusement de la meilleure manière de le préparer.

J'ai donc pensé qu'ils étaient peut-être venus pour le chou farci.

Quelques minutes plus tard, quelqu'un parlait de thé d'Aubrac.

Cécile Chaudesaigues et Loïc Ballet blanchissent des feuilles de chou dans l'eau chaude de la Source du Par à Chaudes-Aigues lors d'un tournage pour Télématin.
Devant les caméras de Télématin, Cécile Chaudesaigues et Loïc Ballet utilisent l'eau naturellement chaude de la Source du Par pour blanchir les feuilles d'un chou farci traditionnel. Une rencontre entre gastronomie locale, géothermie et patrimoine vivant.

Un autre de géothermie.

Un troisième de cartes postales anciennes.

Et voilà qu'on me montrait une photographie de bouchers travaillant devant cette même source il y a plus d'un siècle.

À ce moment-là, j'ai commencé à comprendre.

J'ai surtout commencé à comprendre ce que Loïc Ballet était venu chercher à Chaudes-Aigues.

Pas seulement une eau à 82 degrés.

Pas seulement des œufs.

Casserole placée sous l'eau chaude de la Source du Par à Chaudes-Aigues pour la cuisson des œufs grâce à l'eau thermale.
À Chaudes-Aigues, une simple casserole placée sous l'écoulement de la Source du Par permet de cuire des œufs grâce à une eau naturellement chaude atteignant environ 82°C.

Pas seulement une curiosité locale.

Mais un village entier construit autour de cette eau chaude.

L'équipe n'était pas venue pour les œufs.

Ni pour le chou.

Ni même pour l'eau chaude.

Elle était venue pour une histoire.

Et à Chaudes-Aigues, les histoires ont une fâcheuse tendance à s'accrocher les unes aux autres.

Pour ceux qui débarquent dans le pays, je précise que je tiens depuis longtemps mon propre carnet de route, Le Carnet du Ventru, où je note les bonnes tables, les curiosités locales et les histoires qui méritent qu'on s'y attarde.

La source mène aux bouchers.

Les bouchers mènent au quartier du Par.

Le quartier du Par mène au chauffage géothermique.

Le chauffage mène aux thermes.

Les thermes mènent aux visiteurs.

Et les visiteurs finissent souvent autour d'une table.

Avec le temps, j'ai développé ma petite méthode personnelle pour juger un lieu.

Je regarde ce qu'il raconte avant même de regarder ce qu'il sert dans l'assiette.

Carnet du Ventru avec notes de restaurants de l’Aubrac et de Chaudes-Aigues posé sur une table avec aligot et verre de vin
Le carnet du Ventru où sont notées ses découvertes gourmandes autour de Chaudes-Aigues et sur l’Aubrac.

À Chaudes-Aigues, la source raconte déjà beaucoup de choses.

Elle raconte les générations qui l'ont utilisée.

Les habitants qui ont grandi autour d'elle.

Les artisans qui ont travaillé grâce à elle.

Les visiteurs qui continuent de s'arrêter devant son eau fumante.

Et voilà qu'un matin, elle attire aussi une équipe de télévision nationale.

J'ai d'abord cru qu'ils étaient venus filmer une curiosité.

À la fin de la journée, j'avais plutôt l'impression qu'ils étaient venus filmer un village.

Bouchers utilisant l'eau chaude de la Source du Par pour préparer des cochons dans le quartier du Par à Chaudes-Aigues au début du XXe siècle.
Carte postale ancienne montrant des bouchers utilisant l'eau naturellement chaude de la Source du Par pour échauder et préparer les cochons dans le quartier du Par à Chaudes-Aigues.

Un village où l'on peut parler de géothermie, d'histoire locale, de thé d'Aubrac, de tatouage, de cartes postales anciennes et de cuisine du terroir sans jamais quitter le même quartier.

Ce n'est pas si fréquent.

C'est peut-être même assez rare.

C'est d'ailleurs là que l'équipe a terminé sa journée, autour d'une table située à quelques pas seulement de la source.

Ceux qui cherchent où manger à Chaudes-Aigues découvrent rapidement que certaines adresses racontent autant de choses que les monuments.

Et c'est probablement ce qui m'a le plus frappé dans cette histoire.

Au départ, je pensais assister à un reportage sur une source chaude.

À l'arrivée, j'avais plutôt l'impression d'avoir vu un reportage sur tout ce qui s'est construit autour d'elle.

Finalement, je crois que Loïc Ballet n'était pas venu à Chaudes-Aigues pour filmer une source chaude.

Il était venu découvrir tout ce que cette source a permis de construire au fil des siècles.

Si cette histoire vous donne envie de poursuivre votre propre exploration, vous pouvez retrouver l'ensemble des adresses référencées par le Ventru dans son guide des restaurants autour de Chaudes-Aigues et du territoire de l'Aubrac.

Pour ma part, je suis reparti avec une certitude.

À Chaudes-Aigues, même les œufs ont une histoire.

Et visiblement, les journalistes aussi aiment les bonnes histoires.

Le Ventru observe l'arrivée de Loïc Ballet et de l'équipe de Télématin dans le quartier du Par à Chaudes-Aigues.
Le Ventru consultant une carte du plateau de l’Aubrac
L'auteur
Le Ventru

Testeur incognito et amoureux des vraies tables. Il sillonne les routes du Cantal, de l’Aveyron et de la Lozère en 2CV pour dénicher les adresses qui respectent le terroir et les clients.

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